Faut-il enlever ses dents de sagesse ?
Ce que la revue Cochrane trouve — et surtout ne trouve pas — sur l'extraction préventive, pourquoi l'argument de l'encombrement est réfuté, et l'alternative qui divise le risque nerveux.

Cliquez pour voir les sections de l'article
L'extraction des dents de sagesse est l'un des gestes chirurgicaux les plus pratiqués au monde, souvent proposé de façon préventive à des jeunes adultes qui n'ont aucun symptôme. La question « faut-il vraiment les enlever ? » mérite donc une réponse fondée — et la première surprise, en allant chercher cette preuve, est de constater à quel point elle est rare.
Que dit la revue de référence sur l'extraction préventive ?
Qu'il n'existe presque aucune donnée pour trancher — deux études seulement dans toute la littérature mondiale.
La revue Cochrane consacrée à cette question compare le retrait à la conservation de dents de sagesse incluses, asymptomatiques et sans maladie, chez l'adolescent et l'adulte. Publiée initialement en 2005 puis actualisée en 2012, 2016 et 2020, elle a interrogé les registres Cochrane, CENTRAL, MEDLINE et Embase jusqu'en mai 2019, sans restriction de langue ni de date.
| Élément | Ce que la revue trouve |
|---|---|
| Études éligibles | Deux : un essai randomisé en milieu hospitalier au Royaume-Uni, une cohorte prospective du secteur privé aux États-Unis |
| Critère principal (qualité de vie) | Aucune étude ne le rapporte |
| Certitude des preuves sur les critères secondaires | Faible à très faible, sur un nombre limité de critères |
| Parodontite de la deuxième molaire adjacente | Preuve de très faible certitude suggérant que la présence des dents de sagesse pourrait augmenter le risque à long terme (sous-groupe de 416 hommes, suivi de 3 à plus de 25 ans) |
| Caries de la deuxième molaire adjacente | Données insuffisantes pour démontrer une différence ; étude à risque sérieux de biais |
| Encombrement dentaire (dimensions de l'arcade) | Un essai, 164 adolescents randomisés et 77 analysés : aucune preuve d'un effet cliniquement significatif du retrait ; étude à risque élevé de biais |
| Coûts, complications de la conservation, complications du retrait | Non mesurés par les études incluses |
La dernière ligne mérite qu'on s'y arrête : les études incluses n'ont mesuré ni les coûts, ni les événements que l'on cherche à éviter en conservant (péricoronarite, résorption radiculaire, kyste, tumeur), ni ceux que l'on prend en enlevant (alvéolite, infection postopératoire, lésion nerveuse, atteinte des dents voisines, saignement). Autrement dit, la balance bénéfice-risque de l'acte le plus pratiqué n'a jamais été pesée dans un essai.
Les dents de sagesse font-elles bouger les dents de devant ?
Non — c'est le motif le plus invoqué, et il est aujourd'hui explicitement réfuté.
Une revue systématique publiée en 2026 a posé la question sous une forme précise : chez des patients qui ne portent pas de dispositif de contention après traitement orthodontique, l'extraction des dents de sagesse, comparée à leur conservation, prévient-elle l'encombrement antérieur, avec un suivi minimal d'un an après la fin de la contention ?
- Quatre études répondaient à tous les critères d'inclusion ;
- Toutes rapportent une augmentation de l'encombrement antérieur au fil du temps, quel que soit le statut des dents de sagesse ;
- Aucune différence statistiquement significative entre les groupes ;
- Une seule étude observe une réduction moindre de la longueur d'arcade dans le groupe extraction ;
- La qualité des études est limitée par l'hétérogénéité des protocoles, des stratégies de contention et des méthodes de mesure.
Conclusion textuelle des auteurs : sur la base d'une certitude de preuve très faible, « il n'y a pas d'indication constante que la présence, l'agénésie ou le retrait des troisièmes molaires influence de manière significative l'encombrement antérieur post-traitement. En conséquence, l'extraction prophylactique de routine à cette fin n'est pas soutenue par les données actuellement disponibles ».
Cela ne signifie pas que l'encombrement n'existe pas : il augmente avec le temps chez tout le monde. Cela signifie que les dents de sagesse n'en sont pas la cause, et que les enlever pour cette raison ne protège de rien.
Alors quand faut-il vraiment les enlever ?
Quand elles causent quelque chose — pas quand elles pourraient en causer.
C'est la distinction que porte le titre même de la revue Cochrane : elle porte sur les dents asymptomatiques et sans maladie. Elle ne remet pas en cause l'extraction d'une dent qui pose un problème avéré. Les situations qui sortent du cadre « préventif » sont celles où un signe existe déjà :
| Situation | Statut vis-à-vis de la revue Cochrane |
|---|---|
| Péricoronarite — infection récidivante autour de la dent | Hors champ : la dent est symptomatique |
| Carie sur la dent de sagesse ou sur la deuxième molaire à son contact | Hors champ : maladie présente |
| Résorption radiculaire de la dent voisine | Hors champ : lésion constituée |
| Kyste ou lésion associée | Hors champ : pathologie objectivée |
| Poche parodontale profonde à la face distale de la deuxième molaire | Hors champ : atteinte mesurable |
| Dent incluse, asymptomatique, sans maladie | C'est exactement le cas où la preuve manque |
La question à poser en consultation devient donc simple et vérifiable : « quel signe présent justifie ce geste ? » Une réponse fondée sur une radiographie et un examen n'est pas la même qu'une réponse fondée sur un principe.
Que risque-t-on à conserver une dent de sagesse incluse ?
Un risque de parodontite de la dent voisine, retrouvé mais avec une certitude très faible — et rien d'autre n'a été mesuré.
C'est le seul argument que la revue Cochrane retient partiellement. Une étude de cohorte prospective, portant sur un sous-groupe de 416 hommes en bonne santé âgés de 24 à 84 ans et suivis de trois à plus de vingt-cinq ans, a comparé l'absence de dents de sagesse — par retrait antérieur ou agénésie — à leur présence, en mesurant la parodontite et les caries à la face distale de la deuxième molaire adjacente.
Résultat : une preuve de très faible certitude suggérant que la présence de dents de sagesse incluses asymptomatiques pourrait être associée à un risque accru de parodontite de la deuxième molaire adjacente à long terme. Sur les caries, les données sont insuffisantes pour conclure, et l'étude présente un risque sérieux de biais.
C'est peu, et c'est tout. Aucune des autres complications redoutées — kyste, tumeur, résorption, péricoronarite — n'a été mesurée dans les études incluses.
Et que risque-t-on à les faire enlever ?
Le risque principal est nerveux, et il concerne surtout les dents inférieures proches du nerf alvéolaire inférieur.
Ce risque n'a pas été quantifié par la revue Cochrane, qui note explicitement que les complications de l'extraction — alvéolite, infection postopératoire, lésion nerveuse, atteinte des dents voisines, saignement — ne figuraient pas parmi les critères mesurés dans les études retenues.
Il l'a en revanche été dans la littérature consacrée aux dents à haut risque. Une méta-analyse portant sur huit études (trois essais randomisés et cinq cohortes) totalisant 1 488 dents a comparé l'extraction totale à une alternative conservatrice, développée ci-dessous.
Qu'est-ce que la coronectomie, et vaut-elle mieux ?
C'est l'ablation volontaire de la seule couronne, en laissant les racines en place — et elle divise le risque nerveux par plus de quatre.
Le principe : lorsque les racines d'une dent de sagesse inférieure sont au contact du nerf alvéolaire inférieur, les extraire expose à une lésion neurosensorielle. La coronectomie — odontectomie partielle intentionnelle — consiste à retirer la couronne et à abandonner les racines, qui migrent ensuite spontanément à distance du nerf.
| Critère | Coronectomie vs extraction totale |
|---|---|
| Lésion du nerf alvéolaire inférieur | Peto OR 0,23 (IC 95 % 0,13-0,39) — réduction significative |
| Alvéolite | Pas de différence significative (p = 0,22) |
| Infection postopératoire | Pas de différence significative (RR 0,87 ; p = 0,71) |
| Migration radiculaire | Séquelle physiologique fréquente |
| Reprise chirurgicale pour retirer les racines | 1,2 % (IC 95 % 0,0-4,4) |
Conclusion des auteurs : la coronectomie est une technique neuroprotectrice supérieure pour les troisièmes molaires mandibulaires à haut risque, réduisant significativement la lésion nerveuse sans augmenter le risque d'infection ni d'alvéolite ; la migration radiculaire est fréquente mais l'intervention secondaire reste rare. Les données ont été poolées par modèles à effets aléatoires avec ajustement de Hartung-Knapp-Sidik-Jonkman, avec analyse séquentielle d'essais et évaluation GRADE.
Ce que cela change en pratique : lorsqu'une radiographie montre une proximité radiculaire avec le nerf, « extraire ou ne rien faire » n'est pas l'alternative complète — il existe une troisième voie, et elle est documentée.
Y a-t-il un âge idéal pour l'intervention ?
La revue Cochrane note que le risque de complications augmente lorsque l'extraction est réalisée chez des personnes plus âgées — mais cela ne suffit pas à justifier un geste préventif.
L'argument est réel et figure dans le texte même de la revue : « lorsque le retrait chirurgical est réalisé chez des personnes plus âgées, le risque de complications postopératoires, de douleur et d'inconfort est augmenté ». C'est ce qui fonde l'idée d'opérer tôt, « tant que c'est facile ».
Mais cet argument a une limite logique qu'il faut nommer : il compare deux façons d'opérer, pas l'opération à l'abstention. Il dit que si une extraction devient nécessaire, elle est plus simple à 20 ans qu'à 50. Il ne dit pas que l'extraction deviendra nécessaire. Or c'est précisément la probabilité de cette nécessité que les deux études disponibles ne permettent pas d'estimer.
Quelles questions poser avant d'accepter l'intervention ?
Quatre suffisent, et les réponses distinguent une indication d'un principe.
| Question | Ce qu'une bonne réponse contient | Ce qui doit alerter |
|---|---|---|
| « Quel signe présent justifie l'extraction ? » | Un élément objectivé : carie, poche, résorption, infection récidivante, lésion radiologique | « Pour éviter des problèmes plus tard » |
| « Où sont mes racines par rapport au nerf ? » | Une réponse fondée sur la radiographie, et la mention de la coronectomie en cas de proximité | Aucune évaluation du rapport nerveux |
| « Faut-il enlever les quatre ? » | Une indication par dent, chacune ayant sa propre situation | Un forfait « les quatre » sans justification individuelle |
| « Est-ce pour éviter que mes dents bougent ? » | Reconnaissance que cet argument n'est pas soutenu par les données | L'encombrement présenté comme motif principal |
Et si l'intervention a lieu à l'étranger ?
La question du suivi immédiat pèse plus lourd ici que pour un acte prothétique.
Trois éléments propres à cette chirurgie méritent d'être posés avant un déplacement. D'abord, les complications que la revue Cochrane cite mais que personne n'a mesurées dans ce contexte — alvéolite, infection postopératoire, saignement — surviennent dans les premiers jours, c'est-à-dire souvent après le retour. Ensuite, une lésion neurosensorielle se constate en postopératoire et impose un suivi structuré. Enfin, si une coronectomie est réalisée, la migration radiculaire est décrite comme fréquente : elle est physiologique, mais elle suppose une surveillance radiographique dans la durée, et un praticien qui sache pourquoi ces racines sont là.
Cela ne disqualifie pas l'acte à l'étranger. Cela déplace la question de « qui opère » vers « qui voit le patient à J+3 et à un an », et sur quels documents — radiographie préopératoire, compte rendu précisant le rapport au nerf et la technique employée.
Faut-il des antibiotiques autour de l'intervention ?
La question mérite d'être posée, car en chirurgie buccale plusieurs pratiques très répandues ne résistent pas à l'examen des essais.
Le précédent le mieux documenté concerne la chirurgie implantaire, et il est instructif par analogie. Une méta-analyse portant sur sept essais randomisés, 1 859 patients et 3 014 implants ne retrouve aucune différence significative de l'antibioprophylaxie contre placebo sur l'échec précoce : RR 0,66 (IC 95 % 0,30-1,47), avec une différence de risque de −0,007 et un nombre de sujets à traiter de 143. Les auteurs concluent que les résultats ne soutiennent pas la prophylaxie de routine chez le patient globalement sain.
Ce résultat ne se transpose pas mécaniquement à l'avulsion d'une dent de sagesse, qui est un contexte chirurgical différent — et la revue Cochrane note d'ailleurs que l'infection postopératoire ne figure pas parmi les critères mesurés dans les études qu'elle a pu inclure. Ce qu'il autorise, c'est une question légitime : sur quel critère cette prescription est-elle posée dans mon cas ?
Combien de temps dure la récupération ?
Les données spécifiques manquent — mais l'ordre de grandeur en chirurgie buccale est de quelques jours, avec un pic précoce.
Il faut ici assumer une limite : la revue Cochrane indique explicitement que la douleur et l'inconfort après extraction n'ont pas été mesurés dans les études incluses, et que le risque de complications postopératoires, de douleur et d'inconfort augmente lorsque l'intervention est réalisée chez des personnes plus âgées.
Le repère le plus proche vient d'une autre chirurgie buccale, documentée sur 510 gestes chez 234 patients : la douleur y culmine à 24 heures, à 2,01 ± 0,11 sur 10, puis décroît progressivement, restant d'intensité légère pour la majorité des patients. Le facteur le plus lourdement associé à cette douleur n'est ni le site ni la difficulté déclarée, mais l'expérience de l'opérateur (odds ratio 24,86).
Côté antalgie, l'association ibuprofène-paracétamol dispose du meilleur niveau de preuve en douleur postopératoire aiguë de l'adulte : sur 7 essais randomisés et 2 947 participants, un soulagement d'au moins 50 % est obtenu bien plus souvent que sous placebo, avec un risque relatif de 2,60 (IC 95 % 2,11-3,20). Le choix, la dose et les contre-indications relèvent du prescripteur.
Que faire si une dent de sagesse est déjà cariée ?
Elle sort du cadre de la discussion préventive — mais l'alternative « soigner ou extraire » reste ouverte.
Une carie sur une dent de sagesse constitue une maladie présente : la revue Cochrane ne s'applique plus, puisqu'elle porte exclusivement sur les dents asymptomatiques et sans maladie. Cela ne signifie pas que l'extraction soit automatique. Deux paramètres orientent :
| Élément | Plutôt en faveur du soin conservateur | Plutôt en faveur de l'extraction |
|---|---|---|
| Position de la dent | Bien positionnée, accessible au brossage et au soin | Incluse, partiellement sortie, inaccessible |
| Rôle fonctionnel | Occlusion utile avec une antagoniste | Aucune antagoniste, pas de fonction masticatoire |
| État de la dent voisine | Deuxième molaire saine | Carie ou poche à la face distale de la deuxième molaire |
| Rapport au nerf | Racines à distance | Racines au contact — la coronectomie entre alors dans les options |
Un point souvent oublié : une dent de sagesse bien positionnée, en occlusion et accessible au brossage est une vraie molaire. Elle peut servir de pilier, ou simplement participer à la mastication — deux raisons de ne pas la traiter comme un organe superflu par principe.
Ce qu'il faut retenir
L'extraction préventive des dents de sagesse asymptomatiques repose sur un vide de preuve : la revue Cochrane n'a trouvé que deux études éligibles au monde, aucune ne rapporte l'effet sur la qualité de vie, et la certitude des rares résultats disponibles est faible à très faible. Le motif le plus invoqué — empêcher les dents de devant de se chevaucher — est réfuté : quatre études montrent que l'encombrement augmente avec le temps quel que soit le statut des dents de sagesse, et les auteurs concluent que l'extraction prophylactique à cette fin n'est pas soutenue. Cela ne change rien pour une dent qui fait déjà quelque chose : carie, infection récidivante, résorption ou lésion sont des indications, et elles sortent du cadre « préventif ». Enfin, quand les racines côtoient le nerf, la coronectomie divise le risque de lésion nerveuse par plus de quatre sans majorer l'infection, au prix d'une reprise chirurgicale dans 1,2 % des cas.
Sources et références
- 1Ghaeminia H, Nienhuijs ME, Toedtling V, Perry J, Tummers M, Hoppenreijs TJ, Van der Sanden WJ, Mettes TG — Surgical removal versus retention for the management of asymptomatic disease-free impacted wisdom teeth. Cochrane Database Syst Rev. 2020;5:CD003879Autorité
Revue Cochrane comparant retrait et conservation de dents de sagesse incluses asymptomatiques et sans maladie chez l'adolescent et l'adulte ; publication initiale 2005, actualisations 2012, 2016 et 2020 ; recherche du registre Cochrane Oral Health jusqu'au 10 mai 2019, CENTRAL, MEDLINE Ovid et Embase Ovid, sans restriction de langue ni de date. Deux études seulement incluses : un essai randomisé en groupes parallèles conduit en milieu hospitalier au Royaume-Uni et une étude de cohorte prospective conduite dans le secteur privé aux États-Unis. Critère principal : aucune étude éligible n'a rapporté les effets du retrait comparé à la conservation sur la qualité de vie liée à la santé. Critères secondaires : preuves de certitude faible à très faible sur un nombre limité de critères. Une cohorte prospective, sous-groupe de 416 hommes en bonne santé de 24 à 84 ans suivis de 3 à plus de 25 ans, apporte une preuve de très faible certitude suggérant que la présence de dents de sagesse incluses asymptomatiques pourrait être associée à un risque accru de parodontite de la deuxième molaire adjacente à long terme ; données insuffisantes concernant les caries, étude à risque sérieux de biais. Un essai randomisé, 164 adolescents randomisés et 77 analysés, ayant déjà bénéficié d'un traitement orthodontique et présentant des dents de sagesse « encombrées », n'apporte aucune preuve d'un effet cliniquement significatif du retrait sur les modifications dimensionnelles de l'arcade à cinq ans ; étude à risque élevé de biais. Les études incluses n'ont mesuré ni les coûts, ni les autres effets indésirables de la conservation (péricoronarite, résorption radiculaire, formation de kyste ou de tumeur, inflammation ou infection), ni ceux du retrait (alvéolite ou infection postopératoire, lésion nerveuse, atteinte des dents adjacentes, saignement, ostéonécrose médicamenteuse ou radique, inflammation ou infection). La revue note que lorsque le retrait chirurgical est réalisé chez des personnes plus âgées, le risque de complications postopératoires, de douleur et d'inconfort est augmenté.
- 2Amberg S, Kroeger A, Houlston E, Şen S, Kebschull M — Wisdom teeth removal and anterior alignment stability after orthodontic treatment — a systematic review. Clin Oral Investig. 2026;30(5):199Autorité
Revue systématique (PROSPERO CRD42024546851) posant la question PICOT suivante : chez des patients ne portant pas de dispositif de contention après traitement orthodontique, l'extraction des dents de sagesse, comparée à leur conservation, a-t-elle un impact sur la prévention de l'encombrement, avec un suivi minimal d'un an après la fin de la phase de contention ? Recherche PubMed, Embase, Cochrane Library et Google Scholar, complétée par recherche manuelle ; sélection, extraction et évaluation du risque de biais réalisées indépendamment par deux relecteurs. Quatre études répondaient à tous les critères d'inclusion. Toutes rapportent une augmentation de l'encombrement antérieur au fil du temps, quel que soit le statut des troisièmes molaires. Aucune différence statistiquement significative n'a été retrouvée entre les groupes ; une seule étude observe une réduction moindre de la longueur d'arcade dans le groupe extraction. Qualité globale limitée par l'hétérogénéité des protocoles de traitement, des stratégies de contention et des méthodes de mesure. Conclusion : sur la base d'une certitude de preuve très faible, il n'y a pas d'indication constante que la présence, l'agénésie ou le retrait des troisièmes molaires influence de manière significative l'encombrement antérieur post-traitement ; l'extraction prophylactique de routine à cette fin n'est donc pas soutenue par les données actuellement disponibles.
- 3Derbishi AA, Altayyar RA, Alsubaiei AS, et al. — Coronectomy Versus Total Extraction for Third Molar Surgery: A Systematic Review and Meta-Analysis. Cureus. 2026;18(3):e105646Autorité
Revue systématique et méta-analyse comparant coronectomie (odontectomie partielle intentionnelle) et extraction chirurgicale totale pour les troisièmes molaires mandibulaires à haut risque de lésion du nerf alvéolaire inférieur ; recherche PubMed, Embase, Scopus et Cochrane Library, essais randomisés et cohortes prospectives ; données poolées par modèles à effets aléatoires (REML) avec ajustement de Hartung-Knapp-Sidik-Jonkman, analyse séquentielle d'essais pour le critère principal, certitude évaluée par GRADE. Huit études incluses — trois essais randomisés et cinq cohortes — totalisant 1 488 dents. La coronectomie réduit significativement le risque de lésion du nerf alvéolaire inférieur par rapport à l'extraction totale : Peto OR 0,23 (IC 95 % 0,13-0,39). Pas de différence significative pour l'alvéolite (p = 0,22) ni pour l'infection postopératoire (RR 0,87 ; p = 0,71). La migration radiculaire est une séquelle physiologique fréquente, mais le taux poolé de reprise chirurgicale pour retirer les racines est faible : 1,2 % (IC 95 % 0,0-4,4). Conclusion : la coronectomie est une technique neuroprotectrice supérieure pour les troisièmes molaires mandibulaires à haut risque.
- 4Momand P, Naimi-Akbar A, Hultin M, Lund B, Götrick B — Is routine antibiotic prophylaxis warranted in dental implant surgery to prevent early implant failure? A systematic review. BMC Oral Health. 2024;24(1):842Autorité
Sept essais randomisés à risque de biais modéré ou faible, 1 859 patients et 3 014 implants : antibioprophylaxie contre placebo sur l'échec précoce, RR 0,66 (IC 95 % 0,30-1,47), non significatif ; différence de risque −0,007 (−0,035 à 0,020), nombre de sujets à traiter 143. Les auteurs concluent que les résultats ne soutiennent pas l'antibioprophylaxie de routine. Cité ici comme précédent méthodologique : en chirurgie buccale, plusieurs pratiques largement répandues ne sont pas soutenues par les essais disponibles.
- 5Al-Khabbaz AK, Griffin TJ, Al-Shammari KF — Assessment of pain associated with the surgical placement of dental implants. J Periodontol. 2007;78(2):239-246Autorité
Étude prospective bicentrique, 510 implants chez 234 patients. Douleur moyenne maximale à 24 heures : 2,01 ± 0,11 sur une échelle de 0 à 10, puis décroissance progressive ; intensité légère pour la majorité des patients. Régression : facteur le plus fortement associé à la douleur à 24 heures = expérience de l'opérateur (OR 24,86), devant la douleur peropératoire (2,81) et le sexe féminin (2,51). Repère utile en chirurgie buccale : le déterminant dominant du vécu postopératoire est la main qui opère.
- 6Abushanab D, Al-Badriyeh D — Efficacy and Safety of Ibuprofen Plus Paracetamol in a Fixed-Dose Combination for Acute Postoperative Pain in Adults: Meta-Analysis and a Trial Sequential Analysis. CNS Drugs. 2021;35(1):105-120Autorité
Méta-analyse de 7 essais randomisés en double aveugle totalisant 2 947 participants, comparant l'association à dose fixe ibuprofène + paracétamol au placebo dans la douleur postopératoire aiguë modérée à sévère de l'adulte. Critère « soulagement d'au moins 50 % de la douleur » : risque relatif 2,60 (IC 95 % 2,11-3,20). Les auteurs concluent à une efficacité établie contre placebo, tout en précisant que les critères de sécurité restent non conclusifs. Le choix, la dose et les contre-indications relèvent du prescripteur.
- 7Reis INRD, Huamán-Mendoza AA, Ramadan D, et al. — The prevalence of peri-implant mucositis and peri-implantitis based on the world workshop criteria: A systematic review and meta-analysis. J Dent. 2025;160:105914Autorité
Vingt études retenues sur 1 979, critères du World Workshop 2017. Péri-implantite : 25,0 % (IC 95 % 21,1-29,3) des patients et 18,0 % (15,8-20,5) des implants ; chez les non-fumeurs, 5,2 % (3,6-7,5) au niveau implant. Rappel utile lorsqu'une extraction est envisagée dans la perspective d'un remplacement implantaire ultérieur : le devenir à long terme se joue sur le suivi et le tabac.
- 8Sanz M, Herrera D, Kebschull M, et al. (European Federation of Periodontology) — Treatment of stage I-III periodontitis: the EFP S3 level clinical practice guideline. J Clin Periodontol. 2020;47(Suppl 22):4-60Autorité
Recommandation de pratique clinique de niveau S3 élaborée selon GRADE à partir de 15 revues systématiques commandées ; traitement parodontal en quatre étapes, critère de fin de traitement : fermeture de poche, profondeur au sondage ≤ 4 mm sans saignement. Cadre de référence pour l'évaluation d'une poche profonde à la face distale de la deuxième molaire, situation qui fait sortir une dent de sagesse du cadre « asymptomatique et sans maladie ».
Questions fréquentes
Faut-il enlever ses dents de sagesse même sans symptôme ?
Les dents de sagesse font-elles bouger les dents de devant ?
Quand une extraction est-elle réellement indiquée ?
Que risque-t-on à garder une dent de sagesse incluse ?
Qu'est-ce que la coronectomie ?
Les racines laissées en place posent-elles problème ?
Vaut-il mieux se faire opérer jeune ?
Faut-il enlever les quatre dents de sagesse en même temps ?
Quel est le principal risque de l'extraction ?
Peut-on se faire enlever les dents de sagesse à l'étranger ?
Aller plus loin
Le guide parent : techniques, déroulé et repères de décision.
Ce que mesurent les études sur la douleur en chirurgie buccale, et ce qui la détermine.
L'atteinte de la deuxième molaire, seul argument partiellement retenu contre la conservation.
Un symptôme fréquent après un soin de la zone postérieure.
Ce qui détermine le risque — et pourquoi le suivi compte plus que le séjour.
La question qui suit une extraction, avec ses propres critères.