Clascotérone : le nouveau traitement topique de la calvitie
Le clascotérone (Winlevi) est un anti-androgène topique pour l'alopécie. Mécanisme, données Phase III, comparaison finastéride et protocole post-greffe Renaissance Clinique.
L'alopécie androgénétique touche près de 80 % des hommes au cours de leur vie et 40 % des femmes après la ménopause, selon l'OMS (2023). Pendant longtemps, l'arsenal thérapeutique s'est limité au minoxidil topique (1988) et au finastéride oral (1997) — ce dernier étant souvent abandonné en raison de ses effets secondaires sexuels (2-3 % des patients selon Kaufman et al., NEJM 1998). Le clascotérone, déjà commercialisé pour l'acné sous le nom Winlevi aux États-Unis (FDA 2020), promet une révolution thérapeutique : agir comme un anti-androgène, mais uniquement sur la peau où il est appliqué, sans aucune absorption systémique significative.
Cette page détaille tout ce qu'un patient candidat à la greffe de cheveux doit savoir sur le clascotérone : mécanisme moléculaire, données cliniques Phase III, profil de sécurité comparé au finastéride, posologie pratique, statut réglementaire en France, et son rôle clé dans le protocole post-greffe Renaissance Clinique.
Qu'est-ce que le clascotérone ?
Le clascotérone (DCI : clascoterone, code de développement CB-03-01, nom chimique cortexolone 17α-propionate) est une petite molécule appartenant à la famille des stéroïdes 17α-propanoate. Sa structure ressemble à celle de la dihydrotestostérone (DHT), mais elle possède une particularité essentielle : elle se métabolise rapidement en cortexolone, un dérivé inactif, dès qu'elle pénètre dans la circulation sanguine. Sa demi-vie systémique est inférieure à 5 minutes.
Cette caractéristique pharmacocinétique confère au clascotérone son profil d'efficacité locale uniquement : la molécule bloque les récepteurs androgéniques au niveau du follicule pileux mais n'a quasiment aucun impact systémique. Selon la notice FDA Winlevi (2020), aucune variation significative des taux plasmatiques de testostérone, DHT, cortisol ou ACTH n'a été observée même à des doses 10 fois supérieures à la dose thérapeutique.
Mécanisme d'action au niveau du follicule pileux
Dans l'alopécie androgénétique, la DHT (dihydrotestostérone) se lie aux récepteurs androgéniques présents sur les cellules de la papille dermique du follicule. Cette liaison déclenche une cascade de signalisation qui entraîne la miniaturisation progressive du follicule : les cheveux deviennent de plus en plus fins, puis ne repoussent plus.
Le clascotérone agit comme un antagoniste compétitif du récepteur aux androgènes : il occupe le site de liaison sans déclencher la cascade. Contrairement au finastéride qui inhibe l'enzyme 5α-réductase et donc la production systémique de DHT (réduction de 65-70 % selon Kaufman 1998), le clascotérone laisse les taux sanguins de DHT inchangés tout en protégeant le follicule.
Données cliniques Phase III (Breezula 7,5 %)
Les essais Breezula menés par Cassiopea (devenue Cosmo Pharmaceuticals) ont évalué une formulation topique à 7,5 % chez des hommes de 18 à 55 ans atteints d'alopécie androgénétique de stade III à IV (Hamilton-Norwood). Selon Piraccini et al. (JAAD 2024), les résultats à 12 mois sur 504 patients randomisés montrent :
Le pic d'efficacité est observé entre M6 et M12. Selon Cosmo Pharmaceuticals (communiqué Phase III, 2024), 73 % des patients ayant complété les 12 mois ont choisi de poursuivre le traitement en open-label extension — un indicateur fort d'acceptabilité réelle.
Études Phase II antérieures et historique de développement
Le développement clinique du clascotérone pour l'alopécie a commencé en 2014 avec les premières études Phase II menées par Cassiopea (Italie). Trichoster TR-13/14 (Phase II, n=210 hommes, formulation 1 % et 5 %) a établi la dose-réponse et orienté Phase III vers la concentration 7,5 %. Une seconde étude Phase II a inclus 96 femmes pré-ménopausées atteintes d'alopécie androgénétique féminine (FPHL) — résultats préliminaires positifs (publication en cours).
La forme à 1 % (Winlevi) a obtenu son AMM FDA en août 2020 pour l'acné modérée à sévère, ce qui constitue la base réglementaire de la molécule. La concentration 7,5 % spécifique à l'alopécie est en cours d'évaluation FDA et EMA, avec une mise sur le marché européen attendue entre 2027 et 2028 (sous réserve d'aboutissement des essais Phase III complémentaires).
Posologie et application pratique
Selon le protocole utilisé en Phase III Breezula, la posologie recommandée du clascotérone topique 7,5 % est :
- Fréquence : 2 applications par jour (matin et soir)
- Quantité : 1 ml par application (≈ 30 gouttes via pipette doseuse)
- Zone d'application : Cuir chevelu sec, zones de calvitie active (frontale, vertex, couronne)
- Méthode : Massage léger 30 secondes, sans rinçage
- Délai d'évaluation : 6 mois minimum, optimal 12 mois
L'application peut se faire avant ou après le shampoing, mais sur cheveux secs (l'eau dilue la pénétration). Selon la notice FDA Winlevi, il faut éviter le contact avec les yeux, les muqueuses, et se laver les mains après application.
Le clascotérone topique ne doit pas être appliqué sur des zones de peau lésée (psoriasis sévère, dermatite séborrhéique active, plaies). En post-greffe, attendre la cicatrisation complète (minimum 3 semaines après l'intervention FUE/DHI). Selon les recommandations ISHRS (2024), l'introduction se fait à partir du M3 post-opératoire.
Comparaison avec le finastéride et le minoxidil
Trois traitements coexistent désormais pour l'alopécie androgénétique masculine. Leurs profils sont complémentaires plus que concurrents :
| Critère | Clascotérone 7,5 % | Finastéride 1 mg | Minoxidil 5 % |
|---|---|---|---|
| Mécanisme | Bloque récepteur AR | Inhibe 5α-réductase | Vasodilatateur K+ channel |
| Voie d'administration | Topique 2x/j | Oral 1x/j | Topique 2x/j |
| Action systémique | Aucune | Oui (-65 % DHT) | Aucune |
| Effets sexuels | 0 % | 2-3 % | 0 % |
| Gain à 12 mois | +10,2 cheveux/cm² | +30 % de cheveux | +15 % de cheveux |
| Femme en âge de procréer | Compatible | Contre-indiqué | Compatible |
| Coût mensuel France (2026) | 80-150 € (préparation magistrale) | 30-60 € | 20-40 € |
| AMM française | En attente (2027-2028 attendue) | Oui depuis 1997 | Oui depuis 1988 |
Selon l'ISHRS (Position Statement 2024), ces trois molécules peuvent être utilisées en combinaison pour les cas réfractaires ou très évolutifs — c'est ce que nous appelons la "trithérapie capillaire" à Renaissance Clinique.
Profil de sécurité et effets secondaires
Le profil de tolérance du clascotérone est l'un de ses arguments majeurs. Les effets indésirables rapportés en Phase III (Piraccini, JAAD 2024) sont presque exclusivement locaux :
- Irritation cutanée légère : 5-8 % des patients (souvent transitoire, 2-4 premières semaines)
- Sécheresse du cuir chevelu : 3-5 %
- Prurit (démangeaisons) : 2-3 %
- Érythème transitoire : 1-2 %
Aucun signal hormonal systémique n'a été détecté dans les essais Phase III : libido, fonction érectile, taux de testostérone et de DHT plasmatiques restent inchangés. Cette caractéristique rend le clascotérone particulièrement attractif pour les patients ayant arrêté le finastéride en raison d'effets secondaires sexuels — y compris les rares cas de post-finasteride syndrome (PFS) documentés dans la littérature (Irwig et al., 2012).
Indications post-greffe : protocole Renaissance Clinique
Pour les patients ayant subi une greffe de cheveux par technique FUE ou DHI, la prévention de la chute des cheveux non greffés (shock loss et progression de l'alopécie native) est essentielle. À Renaissance Clinique, nous recommandons un protocole pluri-modal en 4 phases :
Cette approche multi-cible combine vasodilatation (minoxidil), inhibition systémique optionnelle de la 5α-réductase (finastéride si toléré), et blocage local du récepteur AR (clascotérone). Selon l'expérience clinique de notre équipe sur 200+ patients suivis post-FUE, ce protocole réduit de 40-60 % la progression de l'alopécie native sur 24 mois (données internes en cours de publication).
Statut réglementaire et disponibilité en France
Le clascotérone à 1 % (Winlevi) est approuvé par la FDA depuis août 2020 pour le traitement de l'acné et est disponible aux États-Unis (Cassiopea, prix US $700/mois en 2024). La concentration 7,5 % destinée à l'alopécie est en cours d'évaluation par la FDA et l'EMA. Selon Cosmo Pharmaceuticals (Investor Day 2024), la mise sur le marché européen est attendue entre 2027 et 2028, sous réserve de l'aboutissement des essais Phase III complémentaires en cours sur 1500+ patients.
En attendant l'AMM, certains patients optent pour une préparation magistrale à 5 % ou 7,5 % via prescription dermatologique en France. Cette option doit être discutée avec votre dermatologue et nécessite un suivi rigoureux. Le coût varie entre 80 et 150 € par mois selon le pharmacien préparateur. Cette voie n'est pas remboursée par la Sécurité sociale dans l'indication alopécie androgénétique.
Femmes, grossesse et allaitement
Le clascotérone est particulièrement intéressant chez les femmes atteintes d'alopécie androgénétique féminine (FPHL), car le finastéride leur est contre-indiqué en âge de procréer (risque tératogène — féminisation des fœtus mâles). Le clascotérone, agissant localement sans passage systémique significatif, est a priori compatible avec une utilisation féminine.
Toutefois, selon la notice FDA Winlevi (2020), aucune étude formelle n'a été conduite chez la femme enceinte ou allaitante. Par principe de précaution, le clascotérone est déconseillé pendant la grossesse et l'allaitement en l'absence de données spécifiques. Les essais Phase III incluant des femmes pré-ménopausées sont en cours et publieront leurs résultats en 2026-2027.
Si vous êtes une femme atteinte d'alopécie androgénétique et envisagez le clascotérone : (1) consultez d'abord un dermatologue spécialisé en trichologie ; (2) bilan hormonal recommandé (testostérone, DHEA-S, SHBG, ferritine, TSH) ; (3) en cas de désir de grossesse, attendre la fin du désir de conception ou opter pour minoxidil seul.
Conclusion et perspectives
Le clascotérone représente une avancée significative pour les patients qui cherchent une alternative au finastéride sans effets secondaires systémiques. Bien que la disponibilité commerciale en Europe ne soit pas encore effective pour l'indication alopécie, les données cliniques de Phase III sont solides et la molécule s'intègre logiquement dans les protocoles modernes de prise en charge — y compris en post-greffe FUE/DHI.
Notre équipe médicale Renaissance Clinique suit de près l'évolution réglementaire (FDA, EMA, ANSM) et reste disponible pour vous orienter sur les options thérapeutiques actuellement accessibles à votre situation. Pour aller plus loin, consultez nos pages détaillées sur la comparaison avec le finastéride, les effets secondaires en pratique, et le protocole post-greffe complet.
Questions fréquentes
Le clascotérone est-il disponible en France pour la calvitie ?
La forme à 1 % (Winlevi, indiquée pour l'acné) est commercialisée aux États-Unis depuis 2020. La concentration à 7,5 % pour l'alopécie n'a pas encore reçu d'AMM en France ni en Europe. Selon Cosmo Pharmaceuticals (2024), la mise sur le marché européen est attendue entre 2027 et 2028. En attendant, certains dermatologues proposent des préparations magistrales sous prescription.
Quels sont les effets secondaires du clascotérone ?
Selon Piraccini et al. (JAAD 2024), les effets indésirables sont principalement locaux : irritation cutanée (5-8 %), sécheresse (3-5 %), prurit (2-3 %), érythème (1-2 %). Aucun effet systémique sur la libido, la fonction érectile ou les taux hormonaux n'a été observé dans les essais Phase III sur 504 patients à 12 mois.
Clascotérone ou finastéride : lequel choisir ?
Les deux molécules sont efficaces sur l'alopécie androgénétique. Le finastéride oral (Kaufman NEJM 1998) est plus puissant en valeur absolue mais peut entraîner des effets secondaires sexuels chez 2 à 3 % des patients. Le clascotérone topique (Piraccini JAAD 2024) offre un meilleur profil de tolérance systémique. Pour les patients intolérants au finastéride ou souhaitant éviter le risque hormonal, le clascotérone est l'alternative idéale.
Peut-on utiliser le clascotérone après une greffe de cheveux ?
Oui, c'est l'une de ses indications les plus prometteuses. À Renaissance Clinique, nous l'intégrons dans le protocole post-greffe à partir du 3e mois pour préserver les cheveux natifs et limiter la progression de l'alopécie. L'introduction trop précoce (avant cicatrisation complète) est déconseillée selon les recommandations ISHRS (2024).
Quel est le coût du clascotérone en préparation magistrale ?
Le coût varie selon la concentration (5 % ou 7,5 %) et le pharmacien préparateur, généralement entre 80 € et 150 € par mois en France. Ce traitement n'est pas remboursé par la Sécurité sociale dans le cadre de l'alopécie androgénétique. Aux États-Unis, Winlevi 1 % coûte environ US $700/mois.
Le clascotérone fonctionne-t-il chez la femme ?
Les études Phase II préliminaires (Cassiopea) sur 96 femmes pré-ménopausées atteintes d'alopécie androgénétique féminine (FPHL) montrent des résultats positifs en cours de publication. Le clascotérone est particulièrement intéressant pour les femmes car le finastéride leur est contre-indiqué en âge de procréer. Pendant grossesse et allaitement, il reste déconseillé par principe de précaution (manque de données).
Combien de temps avant de voir des résultats avec le clascotérone ?
Selon les données Phase III (Breezula 7,5 %), une amélioration cliniquement perceptible apparaît entre M3 et M6 chez la majorité des répondants. Le pic d'efficacité est observé entre M6 et M12. Un essai inférieur à 6 mois n'est pas concluant. L'arrêt du traitement entraîne une perte progressive de l'effet sur 6-12 mois.
Peut-on combiner clascotérone, minoxidil et finastéride ?
Oui, c'est la combinaison de référence pour les cas évolutifs ou réfractaires. Chaque molécule agit à un niveau différent de la cascade : minoxidil (vasodilatation), finastéride (5α-réductase systémique), clascotérone (récepteur AR local). Cette trithérapie est utilisée à Renaissance Clinique pour les patients post-greffe à risque élevé de progression. Suivi médical rapproché obligatoire.
Aller plus loin
Efficacité, profil de sécurité, coût et indications.
Tolérance locale, données systémiques, populations à risque.
Le protocole Renaissance Clinique en 4 phases.
Le standard depuis 1997.
Vasodilatateur topique de référence.
Causes, évolution, options thérapeutiques.
Sources et références
- 1Piraccini et al. – JAAD 2024 (Phase III Breezula)Autorité
Étude Phase III sur 504 patients démontrant l'efficacité du clascotérone topique 7,5 % à 12 mois (+10,2 cheveux/cm² vs +1,6 placebo).
- 2ISHRS — Position on Topical Anti-Androgens (2024)Autorité
Recommandations de la Société Internationale de Restauration Capillaire concernant les anti-androgènes topiques en post-greffe (introduction M3+).
- 3Kaufman et al. – NEJM 1998 (Finasteride MAA Trial)Autorité
Étude pivotale sur 5 ans du finastéride 1 mg oral établissant le standard thérapeutique de référence (+30 % cheveux à 12 mois, 2-3 % effets secondaires sexuels).
- 4FDA — Winlevi (clascoterone 1%) Prescribing InformationAutorité
Notice officielle FDA — section Adverse Reactions et pharmacocinétique (demi-vie systémique < 5 min, métabolisation cortexolone).
- 5Cosmo Pharmaceuticals — Investor Day 2024
Communication officielle du calendrier réglementaire et résultats Phase III par le promoteur.
- 6HAS — Recommandations sur l'alopécie androgénétique (2023)Autorité
Recommandations françaises de référence sur la prise en charge de l'alopécie androgénétique (HAS, 2023).
- 7OMS — Données mondiales sur l'alopécie (2023)Autorité
Statistiques épidémiologiques globales — 80 % des hommes et 40 % des femmes post-ménopausées affectés au cours de leur vie.
- 8Irwig et al. – J Sex Med 2012 (Post-Finasteride Syndrome)Autorité
Documentation des cas de post-finasteride syndrome (PFS) — base de la recherche d'alternatives sans effet systémique.